Faut-il s'inquiéter du développement du chauffage au bois comme énergie renouvelable?
Le chauffage au bois sous toutes ses formes est perçu comme écologique et revient en force pour procurer la chaleur à nos habitations. Le bois est une source d'énergie renouvelable et facilement disponible: près d'un tiers du territoire français est couvert par la forêt. Le bois fournit 4% de notre énergie et est la deuxième énergie renouvelable après l'hydraulique. La combustion du bois permet de diviser par six les émissions de CO2 par rapport au gaz. Le chauffage au bois peut être source de pollution de l'air et nocif pour la santéNous savons tous les dangers liés à une mauvaise combustion quelle que soit la source d'énergie (bois, gaz, charbon, etc.) et une mauvaise aération qui conduisent à l'émission de monoxyde de carbone (CO). Ce gaz invisible, inodore, très toxique et mortel (en moins d'une heure) est responsable de 6000 intoxications par an en France et de près de 300 décès. Or les émissions de monoxyde de carbone liées à la combustion du bois sont de l'ordre de 200 fois plus importantes que celles liées à la combustion du fioul ou du gaz naturel, pour une même quantité d'énergie consommée. La cause réside dans une combustion incomplète du bois, responsable d'un mauvais rendement combustible/énergie produite. Selon l'association québécoise ALAP (Association pour l'air pur), la pollution de l’air causée par la combustion du bois est devenue une priorité de santé publique au Québec: certaines études ont en effet démontré que la pollution par le chauffage au bois serait à certains moments plus importante que celle provoquée par le transport. Ainsi à Montréal, ville où le chauffage au bois est largement répandu, les fumées de combustion sont jugées responsables d'une grande partie des émissions de polluants de la ville. Celle-ci s'alarme des risques que fait peser ce mode de chauffage sur la santé publique et sur l'environnement: plus de 1500 décès prématurés chaque année lui sont attribués. La fumée de bois contient en effet plus d’une centaine de composés chimiques qui peuvent porter atteinte à la santé. Certains composés tels les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), les dioxines et les furannes sont reconnus cancérigènes. D’autre comme les oxydes d’azote et les composés organiques volatiles (COV) sont des irritants qui contribuent à l’aggravation des problèmes respiratoires. La fumée de bois contient aussi des particules fines (PM) si petites (moins de 2,5 microns) qu’elles peuvent se loger profondément à l’intérieur des poumons. En plus d’être irritantes, elles favorisent le transport des autres contaminants qui affectent votre santé. A cause de leur petite taille, elles peuvent s’infiltrer à l’intérieur des résidences voisines La Ville de Montréal explique que la concentration de particules fines émises par le fonctionnement d'un poêle à bois durant une période de 9 heures correspond à l'émission d'un véhicule automobile de taille intermédiaire pendant une année ou 18 000 km. Sans compter que la combustion du bois de mauvaise qualité libère d'autres polluants : c'est le cas des bois de récupération contenant des produits chimiques (peintures, vernis, antifongiques, etc.) et des bois humides (bois « vert »). De plus, la fumée de bois réduit la visibilité causant alors des risques supplémentaires pour la sécurité des personnes. Selon l' ALAP l’exposition à la fumée de bois :
Une étude de la Direction de la santé publique de Montréal-Centre a montré que les personnes qui utilisent un poêle à bois présentent dans leur urine des concentrations plus élevées de contaminants que celles n’ayant pas de poêle à bois. La combustion du bois constitue donc une source d’exposition supplémentaire à des substances toxiques à l’intérieur des maisons. Le chauffage au bois n'est pas sans impact sur l'effet de serre
Contrairement aux idées reçues le chauffage au bois n'est pas totalement comme neutre en terme de CO2. Il est vrai que les nouveaux arbres en croissance peuvent théoriquement (le phénomène de recapture du CO2 par les forêts ne semble pas encore bien expliqué) absorber la même quantité de CO2 que celle libérée par la combustion de leurs prédécesseurs, soit environ 950 kg de CO2 par mètre cube. Néanmoins les analyses de cycles de vie montrent que les gaz émis par les poêles au bois contribuent partiellement à l'effet de serre. Une étude réalisée en décembre 2005 sur les impacts environnementaux du chauffage domestique au bois fait apparaître des émissions de gaz à effet de serre hors CO2 de combustion :
Au total l' ADEME a calculé, pour la production d'un kWh utile de chaleur pour l'usager, une émission de gaz à effet de serre variant de 33 à 42 g d'équivalent CO2 suivant qu'il s'agit de bûches, de granulés ou de plaquettes. Cette émission est sensiblement également répartie entre les deux phases ci-dessus. Ces valeurs représentent, toujours pour un kWH utile de chaleur, environ le tiers des émissions de gaz à effet de serre émises par le chauffage à l'électricité (105 g équivalent CO2) et environ 15% des émissions émises par le chauffage au gaz (222 g équivalent CO2). L'étude propose des pistes de réduction de ces gaz par l'optimisation des processus de mise à disposition (mécanisation performante, limitation du conditionnement) et une amélioration de la combustion. ConclusionQu’elles proviennent d’un poêle à bois, d’un foyer ou d’un feu de camp, les fumées qui s’en dégagent ne sont pas aussi « inoffensives » qu’on voudrait bien le croire. La combustion du bois s’ajoute aux autres sources de pollution comme le transport et les industries. Le chauffage au bois émet des contaminants non seulement dans l'air extérieur mais aussi dans l'air intérieur. Les enfants très jeunes, les personnes âgées et celles souffrant d’asthme, d’emphysème ou de problèmes cardiaques sont les plus sensibles à cette pollution de l’air par les fumées des chaudières à bois. Le chauffage au bois est aussi source de gaz à effet de serre, marginale certes mais bien réelle. Autres ressources
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