Les biocarburants ne carbureraient-ils plus pour l'environnement?

production de biocarburant
Les biocarburants ou agro carburants sont principalement obtenus à partir de colza, de palme, de tournesol ou bien lors de la fermentation de sucres en alcool (betterave, blé, canne à sucre, maïs...)

Les biocarburants, appelés aussi agro carburants, obtenus à partir de plantes résultent de deux filières: la filière huile, à partir de colza, de palme ou de tournesol, et la filière alcool, à partir de la fermentation de sucres de betterave, de blé, de canne à sucre ou de maïs. Dans les deux cas il s'agit de ressources agricoles alimentaires. En France ces biocarburants sont incorporés au taux de 3,6% aux carburants : 1,3 millions de tonnes dans le gazole et 426 000 tonnes dans l'essence.

Les cultures dédiées aux biocarburant couvrent un peu plus de 6% des surfaces cultivées en France et leur part devrait atteindre 15 % en 2010 (2 millions d'hectares sur un total de 13 millions)



Un médiocre potentiel de réduction des gaz à effet de serre ?

l'industrie des biocarburants dans le CEE est encore subventionnée
La Commission Européenne va jusqu'à envisager la remise en cause du soutien aux biocarburants par la suppression de l'aide de 45 euros versés par hectare.

Il est aujourd’hui bien démontré que l’usage des biocarburants en substitution aux carburants conventionnels permet de réduire les émissions de GES (gaz à effet de serre) et les consommations d’énergies non renouvelables (les deux sont liées).

Mais il faut remarquer que la production de biocarburant s’accompagne d’une consommation de quantités non négligeables d’énergie fossile: le pétrole. Ainsi comme le précise l'Institut Français du Pétrole (IFP), selon les filières de production, le gain peut aller de, seulement 22 % à plus de 90 % avec la filière éthanol via la canne à sucre. De plus les biocarburants sont souvent utilisés en mélange à des teneurs relativement faibles (5 à 10%), d'où un médiocre gain en termes d’émissions (inférieur à 5 %).

Devant l'assaut de polémiques sur l'impact environnemental des biocarburants en France, les Pouvoirs Publics ont lancé en juillet 2007 une nouvelle étude qui révèle que 4 facteurs sont déterminants dans le bilan énergie et gaz à effet de serre des biocarburants actuellement commercialisés:

  • le changement d’affectation des sols
  • la répartition des consommations et des émissions de GES entre produits et coproduits
  • les quantités d'oxyde d'azote (N2O) émis à la suite de l’épandage d’engrais azotés pour la fertilisation des sols et les émissions de GES
  • des consommations d'énergie pendant la phase de construction des infrastructures des équipements (tracteurs, machines) nécessaires à la production des biocarburants

Ainsi concernant le premier point, l'étude montre que « Si les puits de carbone que sont les prairies et les forêts sont transformés en terres de culture pour des biocarburants, le carbone stocké est largué dans l'atmosphère et le bilan d'émissions de GES devient très négatif. Il faut par exemple 200 ans pour revenir à un bilan CO2 positif quand une forêt est abattue au profit d'une culture destinée à la production de biocarburant »

Au total, selon un rapport de l'OCDE de juillet 2008, à supposer que le soutien aux biocarburants demeure inchangé, la baisse des rejets de gaz à effet de serre imputables aux carburants de transport atteindrait tout au plus 0,8% en 2015.

Une concurrence avec la production alimentaire ?

agriculture et biocarburants
La fabrication de biocarburant fait craindre un risque de concurrence entre les filières alimentaires et énergétiques et des hausses de prix anarchiques.

De récents débats consécutifs à de fortes hausses des matières premières agricoles font craindre le risque de concurrence entre les filières alimentaires et énergétiques. La Suisse et l'Allemagne viennent d'ailleurs de s'engager à accorder la priorité à la production alimentaire.

La Suisse défend une politique restrictive en matière de biocarburants: elle est le premier pays au monde à introduire le 1er juillet 2008 des critères écologiques pour leur encouragement. De son côté l'Allemagne vient de proposer une loi visant à diminuer dès 2009 le taux d'incorporation de biocarburants dans les carburants d'origine fossile prévu: il atteindra 5,25% en valeur énergétique en 2009 et s'élèvera ensuite à 6,25% sur la période de 2010 à 2014. Aujourd'hui la Commission européenne va jusqu'à envisager la remise en cause du soutien aux biocarburants par la suppression des 45 euros versés par hectares en Europe .

Une solution à ce dilemme consiste à développer les biocarburants dits de 2ème génération qui valoriseront la totalité de la plante et pas seulement comme aujourd'hui la seule partie alimentaire. Il s'agit d'un défi technologique qui nécessite d'importants efforts de recherche pour convertir les pailles et autres déchets de biomasse (bois, boues de stations) en carburants verts. Ils sont un des piliers d'un programme de recherche français de 400 millions d'euros répartis sur trois ans .

Ces nouveaux biocarburants sont attendus sur le marché français vers 2015. Mais la question de l'optimisation des systèmes de production et de la réduction des gaz à effet de serre se pose pour ces futures filières comme pour les filières existantes: seuls les biocarburants compatibles avec un développement durable doivent être promus souligne l'IFP. C'est ainsi que la production massive de biocarburants pourrait provoquer une pénurie d'eau mondiale. L' Europe envisage d'ailleurs de mettre en place une certification avec des critères de durabilité des biocarburants: une réduction de 35 % des émissions de gaz à effet de serre pourrait être exigée.

Conclusion

Selon l' IFP « les biocarburants ne représentent pas « la » solution au problème d’émissions de gaz à effet de serre du secteur transport, mais un élément de solution qui, combiné à d’autres (évolution des technologies moteur, évolution des comportements, etc.), peut apporter un début de réponse ». Les stratégies nationales en matière de biocarburants doivent être fondées sur une évaluation approfondie des opportunités et des coûts. Le caractère renouvelable des biocarburants ne doit pas conduire à faire l'économie d'une analyse critique du recours aux énergies dites alternatives.

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