Les éoliennes n'auraient-elles plus le vent en poupe?

Les éoliennes n'auraient-elles plus le vent en poupe?
Le débat sur les éoliennes cache une priorité beaucoup plus importante: faire des économies d'énergie

La prise de conscience collective des perspectives du changement climatique et l'épuisement des ressources d'énergies fossiles conduisent au développement actuel d'énergies renouvelables n'émettant quasiment pas de gaz à effet de serre, dont le fameux gaz carbonique ou CO2. L' éolien est aujourd'hui l'une des énergies renouvelables parmi les plus matures pour produire de l'électricité. Elle est appelée à se développer partout dans le monde en particulier en France elle est en plein essor grâce aux aides et subventions accordées par les pouvoirs publics dès 1996.

Rappelons qu'aujourd'hui le nucléaire représente 78% de la production métropolitaine d'électricité, l'hydraulique comptant pour 12%, le reste soit 10% est d'origine thermique (charbon et gaz).

L'éolien français est en plein essor.

Actuellement la France dispose puissance éolienne installée de 2700MW et il s'en construit annuellement 1000 MW d' éolien (équivalant à une « petite tranche » de nucléaire). Le permis de construire a déjà été accordé à 7300 MW supplémentaires. En 2020 nous devrions atteindre l'objectif fixé de 25000 MW.

D'après le MEDAD, sur l'année 2008, notre parc éolien permettra d’éviter l’émission de 1,65 millions de tonnes de CO2 (sur un total d'environ 500 millions) et 16 millions de tonnes en 2020.

Un vent de contestation souffle sur l'Hexagone

Par contrat, EDF s'est engagé à acheter la production éolienne pendant 15 ans à un prix sensiblement supérieur au prix de marché.

Un sondage d'opinion réalisé en juin 2008 à la demande de l'Agence De l'Environnement et de la Maîtrise de l' Énergie (ADEME) fait apparaître une érosion de l'éolien parmi les énergies renouvelable à développer en priorité : 54 % en 2008 pour 60 % en 2005 contre respectivement 70 % et 69 % pour le solaire.

On observe parallèlement le développement de polémiques menées par des associations qui rejettent cette énergie, demandent un débat et même un moratoire sur l'éolien.

Parmi les associations les plus en pointe: la Fédération Environnement Durable (FED), « Vent de Colère », la Fédération Nationale des Associations de Sauvegarde des Sites et Ensembles Monumentaux. Elles entraînent avec elles des personnalités du monde politique qui s'engagent : ainsi l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing avec la FED !

Ces associations bataillent contre les Pouvoirs Publics et contre des organisations pro-éoliennes telles que le SER, France Énergie Éolienne, Planète éolienne, etc. Les médias nationaux (TV, radios, journaux, magazines) s'emparent du sujet et répercutent ces échanges depuis quelques mois auprès de leur public.

L'électricité éolienne : émettrice de CO2 ?

L'énergie éolienne est par définition dépendante d'une élément naturel capricieux : le vent et non pas soumise à la demande d'électricité. Dans notre Pays, pourtant possesseur du deuxième potentiel éolien en Europe après le Royaume Uni, une éolienne ne produit en moyenne de l'électricité qu'une heure sur quatre soit environ 2000 heures par an. Elle ne fonctionne en effet que pour des vitesses de vents comprises entre 15km/h et 90 km/h. D'où la nécessité de pallier cette défaillance par l'intervention d'électricité thermique (centrales gaz ou charbon) qui seules peuvent être rapidement mise en service mais qui vont émettre du CO2! C'est un des chevaux de bataille des pourfendeurs de l'éolien qui voient dans cette énergie une mauvaise réponse à la lutte contre l'effet de serre.

Pour les défenseurs de l'éolien l'intermittence n'est que locale: il faut considérer le pays dans son ensemble. Ainsi la France métropolitaine est soumise à quatre régimes de vent différents et complémentaires : océanique, Manche, continental et méditerranéen. Ce qui fait que globalement notre parc éolien serait en activité environ 80% du temps par effet de « foisonnement ». Il y aurait donc à tout moment du vent quelque part dans l'Hexagone pour faire tourner des éoliennes, à la condition quelles soient judicieusement implantées pour tenir compte des variabilités du vent selon les régions.

RTE le gestionnaire du réseau électrique, filiale de EDF estime dans son rapport 2007 publié le 15 Janvier 2008 que « malgré l’intermittence du vent, l’installation d’éoliennes réduit les besoins en équipements thermiques nécessaires pour assurer le niveau de sécurité d’approvisionnement souhaité. On peut en ce sens parler de puissance substituée par les éoliennes » Par contre, souligne le rapport, « l'augmentation de la part de l'éolien demandera la mise en réserve de moyens de production à faible inertie comme le thermique mais aussi l'hydraulique »

Les éoliennes n'auraient-elles plus le vent en poupe?
Selon certains experts, la contribution au développement de l'énergie éolienne serait de 100€ par an et par foyer. Selon d'autres, cela ne dépasserait pas 0.6€ par an.

Cette réserve importante est reprise par l'avis de la Commission de Régulation de l'Électricité (CRE) du 30 octobre 2008 qui souligne que, « compte-tenu des difficultés à moduler la production des centrales nucléaires, plus la pénétration de l’éolien s’accroît, plus la production éolienne se substitue à du nucléaire (le nucléaire représente 78% de la production métropolitaine, l'hydraulique comptant pour 12%) plus il devient nécessaire, en contrepartie, de développer le parc de centrales thermiques à flamme, mieux adapté aux variations de charge »

L'intégration du parc éolien dans le réseau électrique hexagonal ne devrait pas poser de difficultés majeures car les variations de production sont prévisibles par les données météo (température, vitesse du vent, humidité) rassemblées dans les centres de dispatching de RTE.

L'électricité éolienne: fardeau pour la collectivité ?

EDF a l'obligation de racheter l'électricité éolienne à un prix convenu moyen fixé à 8,4 c€/kWh (valeur 2007) pendant 15 ans Selon le rapport de la CRE, le coût de production de référence récemment déterminé par le MEEDDAT serait de 7,5 c€/kWh d'où un coût pour EDF de 0,9 c€/kWh d'électricité éolienne. Pour un ménage français qui consomme 2 500 kWh/an (hors chauffage électrique), le coût de l'éolien ne serait que de 60 c€/an!

Or ces chiffres sont très éloignés de ceux publiés en juillet 2008 par l'Institut Montaigne www.institutmontaigne.org, un organisme indépendant, intitulé « Eoliennes : souffle ou vent de folie ? »qui estime à 100 €/an le surcout par foyer soit un facture annuelle de 1 milliard d'euros jusqu'en 2020 et … 2,5 milliards au delà ! De plus un projet éolien est aujourd'hui financé à 80% par de la dette.

Devant de tels écarts l'auteur de l'étude fait deux propositions en ce sens :

  • d'établir un chiffrage officiel du véritable coût de l'éolien
  • de mettre fin au tarif d'achat garanti et procéder exclusivement par appel d'offres

Pour enfoncer le clou, l'Académie des Technologies www.academie-technologies.fr dans son rapport technique « L'éolien: Une énergie du XXIème siècle ? » publié en octobre 2008 met en évidence en page 33 : « ...qu'en France l'essor actuel et prévu de l'éolien ne constitue pas une voie efficace et économique dans la lutte contre l'effet de serre. »

Peut-on conclure sur l'éolien?

Selon la CRE « le développement de l’énergie éolienne doit être considéré comme un moyen, parmi d’autres, de parvenir à une diminution des impacts environnementaux de notre consommation d’énergie ». Or la production électrique française ne représentait en 2006 que 7,7% des émissions de CO2 du Pays. Le déploiement de l'éolien industriel pour satisfaire en 2010 l'objectif européen de 21% de contribution des énergies renouvelables dans notre production électrique alors que l'hydraulique compte déjà pour 12% est-il justifié alors que demeurent nombres d'incertitudes sur ses impacts environnementaux et économiques. Une priorité: faire des économie d'énergie.

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